Depuis quelque temps, l’historiographie s’intéresse à la façon dont les sociétés coordonnent leurs activités avec l’invention des horaires. Chercheuse en histoire, Catherine Herr-Laporte montre comment ce processus à la fois technique et psychique s’intensifie au cours du XVIIIe siècle. Ce besoin d’horaires est en particulier dû à la nouvelle recherche de vitesse dans le transport des lettres comme des personnes, recherche qui s’intensifie à partir des années 1750 et plus encore après la Révolution. A partir de 1675, on observe la publication régulière d’horaires postaux indiquant le départ des courriers et, dès 1725, plus de la moitié des horaires sont donnés à l’heure près. La précision à la demi-heure, voire au quart d’heure, est par contre encore exceptionnelle. Des horaires précis ne sont cependant utiles que si la population a accès à l’heure ce qui précisément se généralise au cours du siècle. La montre devient transportable grâce à cette innovation majeure qu’est le balancier spiral, et sa possession se généralise au point de devenir assez ordinaire. En 1790, on en trouve dans 70 % des inventaires après décès, marchands et ecclésiastiques semblant les plus rigoureux dans le respect des horaires. L’heure publique est également de plus en plus accessible grâce à la multiplication des horloges, en particulier près des auberges et des relais de poste.
La multiplication des horaires conduit à l’apparition d’une notion nouvelle : le retard. L’usage du mot s’accroît fortement dans la littérature au cours du siècle, surtout après 1750, témoignant d’une préoccupation toujours plus grande envers la ponctualité. Les particuliers acceptent de moins en moins les retards, dans leurs déplacements comme dans leur courrier. Dans la tradition monastique des stricts emplois du temps, le retard a longtemps été considéré comme un péché. Désormais, «plus qu’une vertu religieuse ou une qualité morale», la ponctualité devient «un devoir social et un impératif professionnel». »
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